29 juin 2017

Esteban, de l’équipe PANDA Guide a passé 24h en aveugle

#VisMaVie, 24 heures en aveugle : Après Xavier et Arnaud, les Co-fondateurs de PANDA Guide, c’est au tour d’Esteban de se mettre dans la peau d’une personne aveugle. Pendant 1 journée, il a […]

#VisMaVie, 24 heures en aveugle :

Après Xavier et Arnaud, les Co-fondateurs de PANDA Guide, c’est au tour d’Esteban de se mettre dans la peau d’une personne aveugle. Pendant 1 journée, il a vécu totalement dans le noir, entre perte de repères, fatigue mentale et physique ou encore non productivité au travail, vous allez découvrir son témoignage. Malheureusement pour Esteban, le casque connecté PANDA n’existe pas encore, impossible donc d’avoir les outils pour vocaliser son environnement, pas de réalité augmentée, pas de reconnaissance de texte, pas de reconnaissance d’objet ni de détection d’obstacles…

Témoignage :

– L’élément le plus déroutant pour moi lors de cette journée en aveugle a été mon *incapacité – insoupçonnée ! – à m’orienter à partir des sons autour de moi. Il m’était impossible d’évaluer les distances, voire même de « hiérarchiser » les sons. Dans la rue, les scooters, voitures et bus me semblaient très proches – j’avais même parfois l’impression d’être au milieu de la route ! – alors que je me tenais encore à plusieurs mètres du passage piéton. Dans la cafétéria, c’était très difficile pour moi de me concentrer sur ce que me disait la personne qui me parlait tant j’entendais tous les autres bruits autour de manière beaucoup plus intense que d’habitude.

Dans la rue, les scooters, voitures et bus me semblaient très proches – j’avais même parfois l’impression d’être au milieu de la route ! – alors que je me tenais encore à plusieurs mètres du passage piéton

– L’orientation à la maison ne m’a pas particulièrement posé problème sur ces 24h. Mon penchant maniaque m’a sans doute beaucoup aidé pour retrouver les objets du quotidien, que je mets toujours exactement à la même place : les vêtements dans les tiroirs/placards, le savon dans la douche, le sac pour aller au boulot etc. En revanche, *s’orienter en extérieur relevait de l’exploit. Ca n’est pas pour rien qu’il m’a fallu une heure – et encore, avec l’aide d’Arnaud ! – pour faire un aller-retour à la boulangerie du coin, trajet qui prend normalement un petit quart d’heure… En plus de n’être visiblement pas capable de ressentir si je marchais droit ou pas, les éléments de l’espace sur lesquels j’étais censé pouvoir compter pour me repérer (bande podotactile, poteaux aux passages piétons etc) n’étaient pas toujours d’une très grande aide : j’ai manqué certaines bandes visiblement trop usées pour que je les sente, je suis rentré dans un nombre incroyablement élevé de poubelles pour un trajet si court et les voitures mal garées ou autres éléments gênant le passage compliquaient grandement la tâche !

– Côté ordinateur et smartphone, je n’ai clairement pas eu le temps de devenir un expert de NVDA sur Windows et Talk Back sur Android. Ces *outils d’accessibilité* ont certes une certaine utilité mais j’étais loin de pouvoir en faire autant que j’aurais voulu ! Mes plus grands exploits de la journée auront été de lire 3-4 emails (mais impossible d’y répondre) et d’envoyer 2-3 messages (sur Slack et Facebook Messenger)… Passer un coup de fil n’a pas été trop compliqué car la commande vocale fonctionnait assez bien mais je n’ai pas pu utiliser la commande vocale (aussi bien sur PC que sur mon smartphone Android) pour faire beaucoup d’autres choses !

Je retiendrai quand même avoir eu l’impression que les personnes externes – même si j’ai eu des interactions assez limitées en dehors de la boulangerie – étaient globalement assez bienveillantes.

– Si je n’ai eu à passer que 24h dans ces conditions, me sentir aussi ‘limité’ dans ce que je pouvais faire n’était bien évidemment pas très agréable. C’était même très *frustrant*, sachant que certaines choses qui semblent habituellement si faciles devenaient beaucoup plus complexes, notamment avec l’ordinateur et le smartphone, que j’utilise à longueur de journée. Je me suis aussi senti frustré de ne pas pouvoir faire certaines choses par moi-même et de devoir compter sur l’aide de gens autour de moi. J’aurais préféré *pouvoir être bien plus autonome*, en particulier dans la journée de travail. Je retiendrai quand même avoir eu l’impression que les personnes externes – même si j’ai eu des interactions assez limitées en dehors de la boulangerie – étaient globalement assez bienveillantes. Mais j’avais l’impression d’être en état d’alerte permanent (simplement pour comprendre l’environnement autour de moi), ce qui est assez fatigant mentalement.

Si tu devais prendre 3 mesures suite à ta journée pour faciliter l’accessibilité, quelles seraient elle ?

1) Inciter les gens à agir localement pour l’accessibilité urbaine (avec les mairies, les associations de quartier, les commerçants et entreprises du coin etc) pour qu’ils soient responsables de l’accessibilité de leur quartier (ça me paraît être une échelle plus appropriée qu’à un échelon supérieur) : l’idée serait de relever les éléments du ‘mobilier urbain’ manquants ou dysfonctionnants (comme les bandes podotactiles dont je disais que je ne les ai pas senties, installer des bandes de guidage sur tous les trottoirs de son quartier) et de trouver des solutions locales pour financer leur mise en place.

2) S’agissant des voitures garées devant les passages piétons par exemple, le fait que l’amende soit passée de 35€ à 135€ en 2015 me semble être une bonne chose, il faut maintenant faire en sorte que ce soit strictement appliqué et peut-être ‘éduquer’ les automobilistes pour qu’ils comprennent en quoi c’est très gênant (au lieu de simplement pester contre le fait qu’ils aient pris une amende).

3) Enfin, j’aurais bien envie de dire que ce serait bien d’aider chacun à s’équiper du matériel qui lui est le plus utile au quotidien mais ça me semble très complexe (comment définir ce qui est le plus utile pour chacun ? comment / à quelle hauteur financer ça ? comment mesurer l’efficacité de cette prise en charge ? etc). Car rendre les éléments urbains ‘parlant’ me paraît être une bonne solution mais il faut faire en sorte que les utilisateurs DV aient les moyens de s’en servir !

Et vous, êtes vous prêts à relever le défi ? #24HeuresEnAveugle?